Vichy, pour une Europe des droits de l’homme ?
| RESF | Publié par : Bertrand Gaudillere 05/11/2008 |
Dans le cadre d’un travail débuté il y a une dizaine de mois autour de RESF (Réseau Education Sans Frontières), je suis allé faire des images à Vichy à l’occasion de la manifestation organisée en réponse au sommet Européen de l’intégration réunit par Hortefeux (ce lundi 3 novembre 2008)
Sur la route pour y aller j’écoute la radio, curieux de savoir comment les choses vont être présentées. Pas un mot ! On parle des élections américaines, de la grand mère africaine d’Obama, de son village qui désormais peut se targuer d’avoir une route goudronnée. On parle aussi des suites de la crise financière et des sournoises banques françaises renflouées qui refusent trop souvent le crédit aux entreprises. Et puis il y a les inondations, les résultats sportifs (ils sont nombreux), et ce déchirant fait divers où une femme après s’être fait amputer des deux bras (ou d’un seul ça dépend de la station écoutée) a fini par mourir des suites de ses blessures infligées par des chiens. On nous dit aussi que la police mène l’enquête pour déterminer si les chiens capturés sont bien les responsables du drame, mais rien sur Vichy, pas même une pastille ! Quant au résultat de l’enquête…
Bien sûr qu’une conférence réunissant les vingt sept ministres européens de l’immigration à Vichy ne nécessitait pas de faire débat, pas même un quelconque commentaire, aussi laconique fut-il, mais peut être une simple annonce. Les faits, simplement les faits. Objectifs, froids, distanciés comme se doit de le faire tout bon journaliste : Vichy, l’immigration, une conférence, vingt sept ministres, douze compagnies de CRS, trois hélicoptères de surveillance, les abords du palais des congrès déclarés zone de haute sécurité… une ville qui sort enfin de l’ostracisme !
Arrivé sur place, la ville est sous bonne surveillance, je me sens en sécurité, je vais pouvoir travailler dans de bonnes conditions. Fin de la plaisanterie.
La manif est prévue à dix huit heures au départ de Cusset à quelques kilomètres du centre. A l’heure dite, certains cars de manifestants ne sont toujours pas arrivés, ils ont été contrôlés à leurs départs sur ordre du procureur. Certains arriveront, d’autres non.
Lorsque le cortège se met en route, il regroupe environ trois mille participants unis sous un même mot d’ordre, « pour une Europe des droits de l’homme ».
Le message est clair, ceux qui ont fait le déplacement sont là pour affirmer leur refus des politiques actuelles d’immigration et s’indigner du choix de cette ville comme lieu de débat de ces problématiques. Les parallèles avec une histoire pas si lointaine sont faciles et alimentent largement les conversations, soulignant que l’époque n’est pas la même , mais les méthodes similaires !
Pour mettre en exergue ce discours, dans l’après-midi, Xavier Renou du collectif « désobéissants » en tenue de déporté avec une étoile rouge « étranger » menait une action symbolique et médiatique en faisant face aux CRS qui finiront par l’embarquer.
Le lendemain, ce sont principalement des images de cette action qui illustreront cette journée, et les commentaires seront essentiellement relatifs aux débordements dûs à une centaine d’énervés qui trouveront en face d’eux des représentants des forces de l’ordre, non moins énervés qui n’hésiteront pas à jouer de leur lacrymo sur l’ensemble des manifestants.
Il sera titré : « Vichy, des manifestants dérapent », « immigration, une manifestation dégénère à Vichy », « sommet de l’immigration à Vichy, des manifestants interpellés », mais rien sur les réelles questions de fond… sur la remise en question par nombre grandissant de la politique répressive et liberticide mené par Hortefeux, sur le combat qu’ils mènent pour affirmer que tout cela ne se fera pas dans l’indifférence générale, ni sur le fait que la contestation est nécessaire et salvatrice lorsque les droits de l’homme sont foulés aux pieds comme ils le sont trop souvent aujourd’hui.
Bertrand Gaudillère
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