Opération Plomb Durci : le Hezbollah renforcé
| En Images | Publié par : Franck Boutonnet 06/02/2009 |
13 morts et 60 blessés israéliens, 1330 morts et 5450 blessés palestiniens plus tard, après seulement 22 jours qu’a duré l’opération Plomb Durci (du 27 décembre 2008 au 14 janvier 2009), on se retrouve « presque » exactement au même point. Les rancœurs à l’égard Israël se sont transformées soit en dégoût de ce gouvernement va-t’en-guerre, ou pire en haines s’enkystant au plus profond de l’âme et du cœur de millions de personnes de part le monde. Cette haine étant même dirigée vers les israéliens eux-mêmes qui ont soutenu à plus de 90% cette opération.
Israël a dépassé des limites qui semblaient déjà depuis longtemps aux frontières de l’inacceptable. Israël semble perdre la guerre la plus importante auprès d’une majorité de gens dans le monde : la guerre idéologique.
Pendant cette période, je travaillais au Liban. Je suis allé au cœur des manifestations organisées par le Hezbollah, ce parti libanais islamique, dans la banlieue sud de Beyrouth, dévastée par Tsahal à l’été 2006. L’objectif de la guerre de 2006 était de détruire le Hezbollah. Or on sait qu’il en est ressorti beaucoup plus fort politiquement. L’une des erreurs des décideurs israéliens en frappant si violemment et si inhumainement des zones habitées par des civils en pensant toucher profondément ce parti, voire le détruire, résidait de toute évidence dans la méconnaissance de la nature même de ce mouvement. Ou bien le cynisme le plus froid était aux commandes et je ne comprends alors honnêtement plus les objectifs recherchés pour la soi-disant sécurité d’Israël. Et il semblerait que les mêmes erreurs d’analyse se soient reproduites concernant la guerre contre le Hamas. Ce sont des mouvements islamiques profondément populaires, qualifiés de Résistance (c’est aussi une question subjective de point de vue) par leurs propres peuples au-delà même de toutes les critiques légitimes ou non que ces organisations suscitent au sein de la population. S’attaquer au Hezbollah, c’est s’attaquer à des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. Bien sûr il y a un leadership politique, religieux, militaire et idéologique très puissant, incarné par Hassan Nasrallah (mais il n’est pas seul !), néanmoins je pense qu’il est faux et illusoire de penser qu’en ayant recours à la seule force disproportionnée des armes de Tsahal, ce mouvement en viendrait à disparaître, et par là-même ce risque pour la sécurité d’Israël. Afin de mieux illustrer et éventuellement comprendre ce phénomène : le Liban est un petit pays d’un peu plus de 4 millions d’habitants, le Hezbollah a déjà été capable de mobiliser entre 500000 et 1 million de personnes dans les rues ! Que représente à côté la marche sur Washington de 600000 personnes pour les Civil Rights Movements sur une population totale proche alors des 200 millions d’habitants ?!… Cela donne une échelle de ce que représente le Hezbollah au Liban.
J’ai été très impressionné par ces protestations massives, certes orchestrées magistralement, mais réellement populaires dans toutes les acceptions du terme. Il y avait autant de femmes que d’hommes, de tous âges. Le Hezbollah a autant de visages que ces foules en ont. A travers ces photographies, je voudrais montrer son essence profondément populaire et tansgénérationnelle. On ne peut le réduire à une masse fanatisée dénuée de tout jugement critique quelle que soit sa très forte empreinte idéologique. Je vous le garantis, cette guerre de 22 jours, donc encore une fois le choix de la violence, a encore renforcé le Parti de Dieu…
Texte et photos : Franck Boutonnet
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