Archive pour juin 2009

Alae Eddine, récit d’une expulsion !

RESF Publié par : Bertrand Gaudillere   24/06/2009
bg0812_0403
bg0812_0494
bg0901_0440
bg0906_2234
1 / 4

Alae Eddine fait partie des jeunes majeurs que j’ai pu rencontrer dans le cadre de mon travail « les chiffres ont un visage ». Membre du collectif Jeunes Majeurs RESF de Lyon, il a été interpellé suite à un contrôle d’identité et expulsé dans un délai record afin de ne pas laisser le temps aux militants du réseau d’organiser la mobilisation et d’alerter l’opinion public.

Récit d’une expulsion. (Les images ont été réalisées lors de rassemblements jeunes majeurs, chez son parrain, et lors du rassemblement devant la paf)

16 juin 2009

21 h 30 on apprend qu’ Alae Edinne vient d’être arrêté lors d’un contrôle d’identité, il est emmené a l’hôtel de police du Huitième.

22 h 30 Une vingtaine de personnes du réseau se retrouvent devant l’hôtel de police. On leur confirme qu’Alae Edinne est bien gardé à vue dans les locaux. Malgré la mobilisation, le procureur décide du maintien en garde-à-vue, et du transfert d’ Alae Edinne à la PAF (Police Aux Frontières)

17 juin 2009

10 h Alae Edinne est transféré à la PAF. Un appel à fax, mail et téléphone est lancé. La préfecture qui a été contactée par les militants tient une ligne dure : « Nous sommes dans une logique d’exécution de la mesure de reconduite à la frontière ».

15 h Rassemblement devant les locaux de la PAF. Une quarantaine de personnes sont présentes, et une délégation est reçue.

19 h Alae Edinne est transféré au CRA de St Exupery.

18 juin 2009

8 h 40 Alae Edinne Expulsé. Il a appelé le réseau à 8 h 30 pour lui signaler qu’il était dans un aéroport parisien.

23 h 57 toujours pas de nouvelles d’ Alae Edinne depuis son coup de fil du matin. Annonce de la tenue d’une conférence de presse par ses parrains et marraine, Georges Gumpel et et Christianne Demontes.

19 juin 2009

12 h 30 Conférence de presse au café de la mairie Lyon 1er à l’initiative du parrain d’ Alae Edinne, Geoges Gumpel et sa marainne, Christainne Demontes.

18 h 46 On apprend les modalités d’expulsion : par avion de la Royal Air Maroc départ 9 h d’Orly arrivée à 11 h à Casablanca. Il a pu passer un coup de fil à son parrain Georges, un policier de l’escorte lui a prêté un portable, le temps de dire qu’on l’embarquait et qu’on l’avait tabassé. On apprend aussi qu’il a été transféré en fin de matinée au tribunal de Casablanca.

22 juin 2009

9 h 28 rapport d’expulsion venant du Maroc :

Hier Jeudi 18 juin, Alaeddine El Jaïdi a été expulsé de France, arrivé à 9h à l’aéroport Nouasser, puis au commissariat du maarif à Casablanca où il a passé la nuit en cellule.Catherine et Souad se sont présenté au commissariat dès 15h, mais n’ont pu que lui remettre de quoi manger.Un policier nous dit de nous présenter demain vers 9h au commissariat. Il sera présenté au tribunal dans la journée.
Ce vendredi 19 juin, Patrice de RESF Casa s’est présenté dès 9h au commissariat du Maarif  à Casablanca.
Il a pu voir Alaedine sortant de cellule accompagnés de 3 autres jeunes expulsés de Belgique, Espagne et Allemagne. Mais n’a pu avoir les coordonnées de sa famille pour les prévenir.
A 11h,Catherine, Souad,   Patrice de RESF casa accompagné de  Zoé Deback, journaliste nous dirigeons au tribunal de Aïn Sebaa.
Nous attendons jusqu’à 14h avant de le voir libéré.

Témoignage de Alaedine :

Un jour avant son expulsion, alors qu’il allait rendre visite à sa tante avec son cousin, il est contrôlé à la sortie du métro par 5 CRS sortis d’un fourgon. Simple contrôle, mais il n’avait pas ses papiers. Ils appellent le Central. Un IIe fourgon arrive, nombreux, ils le montent violemment , le menottent. Il est emmené à l’Hôtel de police de Lyon 8.
Présenté au commissaire qui lui dit : « vous avez reçu une obligation de quitter le territoire au mois de mars, pourquoi vous n’êtes pas parti ».
Ils le mettent dans une salle d’attente, puis ils l’enferment dans des toilettes pendant une heure, le mettent à poil, l’insultent. Puis prennent ses empreintes et le mettent en garde-à-vue.. . Il passe la nuit dans une cellule
, puis le présente le lendemain à la PAF (Police des frontières). Interrogatoire long. Il y reste jusqu’au soir à 19h. Puis emmené au centre de rétention Saint Exupéry. Vers 20h30, il reçoit des coups de fils, de Catherine Tourier de RESF, qui le rassure et lui dit qu’ils vont mobiliser les sénateurs.
Mais à 2h du matin, 5 policiers débarquent au centre, le réveillent brutalement et lui prennent son portable alors qu’il voulait appeler son avocat, ils l’en empêchent, le tirent violemment , tabassé, mis à terre, coups de poing, coups de pied, sur le visage, le ventre, le bras, «  la chambre 4 est pleine de sang », dit-il.
Ils l’ont traîné puis mis dans un fourgon direction Paris accompagné de 3 policiers en civil, direction aéroport Orly. Il a demandé à voir un médecin pour constater ses blessures, ils l’ont menacé de le battre, menotté et mis dans un avion de la RAM VOL Paris Orly AT 777, le jeudi 18 juin à 8h. Dernier contact avec la France.
Arrivé à 9h30 à l’aéroport de Nouasser, il reste dans une salle d’attente au commissariat de l’aéroport, déclaré être rentré illégalement en France.
Ils le mettent dans un fourgon, direction commissariat Maarif. Il passe la nuit dans un cellule avec 10 prisonniers, couchés tous par terre, sans eau ni pain.
Le matin du vendredi 19 juin, à 9h30, il est emmené au Tribunal et attend dans une cellule avec une trentaine de détenus jusqu’à 14h. Présenté devant le juge, aucune question ne lui est posée, sinon le nom de son père, et lui font signer avec le doigt pour sa sortie.
Triste, hagard, perdu, nous le recueillons. Il a pu juste partir avec ses vêtements qu’il porte sur lui, sans recharge de téléphone, il ne peut joindre personne.
Nous l’emmenons manger, il raconte son calvaire . et nous dit, :
« Maintenant, je veux retourner, pas rester ici. J’ai commencé mes études et je veux les finir. J’ai un CAP platrier-plaquiste, je veux faire un brevet professionnel avec stage en alternance. Je ne veux pas rester à Sidi Slimane, parce que sans diplôme, j’ai rien, je ne veux pas lâcher le morceau. »
Adopté à 15 ans par sa tante de nationalité française, arrivé mineur en France grâce à la « kafala », il s’est inscrit au collège à Lyon, puis suit sa scolarité au lycée . A 18 ans, ils sont venus à domicile le chercher, mis en centre de détention, il en ressort grâce à une grande mobilisation de ses profs et des élèves de son lycée. Puis à 19 ans, puis à 20 ans. Il ne veut pas lâcher le morceau, dit-il.
Nous contactons par téléphone sa tante à Sidi Slimane, Alaedine est sous l’émotion, il n’a plus revu sa famille depuis son départ à 15 ans, il est l’aîné de la famille, marqué par ses blessures, sûr qu’il préfère les revoir avec un diplôme, un travail,  et dignement…

A l’hôpital de Casablanca nous obtenons un constat des violences subies par la police française : suite à l’agression subie le mercredi 17 juin 2009.
-       des ecchymoses au niveau de la face, au bras droit et au torse
-       région occipitale gauche
-       nasale
-       œdème et hématome au mollet droit.

11 h 38 communiqué de l’UJFP pour le retour d’ Alae Edinne

Alae Eddine doit immédiatement revenir en France
Date 22.06.2009 | Sujet : Communiqués de l’UJFP

L’Europe se transforme en forteresse, des murs se construisent à Ceuta et Melilla. Des centres de rétention ou des camps comme celui de Lampedusa se multiplient. Par milliers des immigrés se noient en tentant d’échapper à la misère et aux conséquences de la mondialisation libérale. Une même politique vise à faire sortir les étrangers de l’état de droit.

De Hortefeux à Besson, la politique du gouvernement Sarkozy tend à faire du chiffre et à caresser dans le sens du poil l’électorat d’extrême-droite. Comme pour la droite des années 30, il s’agit de détourner l’attention des vrais problèmes (chômage, misère, inégalités) et de désigner les étrangers à la vindicte populaire.

A Lyon, symboliquement, la personne chez qui le jeune marocain Alae Eddine avait trouvé refuge, se trouvait être un ancien enfant caché juif pendant la guerre, ce qui a été largement médiatisé. Cela n’a pas empêché son expulsion, comme si le pouvoir, malgré la mobilisation, avait voulu signifier que tout lui est permis. La même machine bureaucratique (de discrimination, arrestation, détention) est aujourd’hui mise en œuvre, comme dans les années 40 même si les conséquences ne sont pas aussi tragiques.

Parce que nous n’avons pas la mémoire courte, et que nous dénonçons les lois discriminatoires et de déshumanisation, l’UJFP soutient tous les sans-papiers.

Elle exige le retour en France d’Alae Eddine.



1 commentaire     laisser un commentaire

Pride ?

En Images Publié par : Bertrand Gaudillere   23/06/2009
01bg0906_2537
02bg0906_2541
03bg0906_2553
04bg0906_2567
05bg0906_2557
06bg0906_2565
07bg0906_2605
08bg0906_2615
1 / 8

Mascarade et mauvais goût pour certains, engagement pour d’autres,  rassemblement festif ou acte de mémoire, la gay pride n’a pas le même sens pour tous ceux qui composent le cortège ou le regardent passer.  Diverses significations pour un même événement, mais une seule revendication : l’égalité.
Car si la France fait partie de cette vingtaine de pays qui reconnaissent l’existence de l’homosexualité et des droits  des personnes homosexuelles, en interdisant la discrimination ou en instaurant des partenariats ouverts aux personnes de même sexe, il n’en demeure pas moins que des inégalités « légales » subsistent.
Au regard des quatre vingt dix pays qui condamnent et interdisent l’homosexualité, la situation de la communauté LGBT française est confortable, mais est-ce pour autant qu’elle ne doit plus militer, se taire et accepter ?
Pour qu’aujourd’hui il soit possible de faire ces images dans les rues de Lyon, il  a fallu des années de mobilisation !

Ils étaient 10 000 selon les organisateurs, 7000 selon la police à défiler ce samedi 20 juin 2009 avec pour mot d’ordre : Pour la Transidentité, contre la Transphobie !



0 commentaire     laisser un commentaire