Acte 4 : Les grévistes sont des « bloqueurs »

Collectif, Réforme des retraites 2010 Publié par : Bertrand Gaudillere   25/11/2010

(en cas de problème pour lire la vidéo : cliquez ici)

A l’entrée de la raffinerie, ce vendredi 29 octobre, à côté du bâtiment de la direction de Total, dont le logo est bien visible depuis l’autoroute A7, se dresse un barnum sous lequel s’affairent une cinquantaine de grévistes.
D’un côté l’imposante construction en verre au sommet de laquelle trônent fièrement les cinq lettres blanches sur fond rouge, de l’autre cette modeste tente en prise avec le vent qui souffle comme la colère gronde… C’est à l’image du conflit. Le verre et le béton ne bougeront pas, tandis que la toile finira par disparaître.  Peut-être même qu’elle s’envolera avant la nuit, comprend-on en rencontrant Michel, syndicaliste CGT, en grève depuis le 12 octobre, soit 17 jours, comme ses collègues des cinq autres raffineries du groupe en France (sur 12). « Ils ne pourront pas tenir encore bien longtemps. Les copains de la SNCF ne sont pas parvenus à mobiliser sur la durée, La Poste non plus, pas plus que Renault Véhicules industriels (RVI) ou Rhodia… Pourtant il y avait la volonté de ne pas se laisser faire, de se battre, d’exprimer un véritable ras-le-bol bien au delà de la réforme des retraites. » C’est ce ras-le-bol d’ailleurs qui a permis de voir naître un vrai élan de solidarité.
Ils se sentent soutenus mais pourtant isolés.
Les médias n’y sont pas pour rien, nous dira encore Michel, demandant tout à coup si au moins on ne fait pas partie de « ceux-là », en désignant la « Une » du quotidien Le Progrès qu’ils ont scotchée sur la tente : « Casse, Bloquage, Manifestations : épreuve de force. »
A Feizin, les grévistes de cette raffinerie Total, qualifiée de « colonne vertébrale des luttes » (L’Humanité, 31/10/10) se sentent trahis par les journalistes qui s’évertuent à ne pas relayer le message des citoyens, des grévistes et des manifestants que le gouvernement refuse d’écouter. Ils sont fatigués du discours simpliste qui les décrit comme les « preneurs d’otages » d’une population désireuse de « travailler sans rechigner » et d’autant plus en colère que cette population n’a eu de cesse de leur témoigner leur soutien matériellement, humainement ou financièrement. Les caisses de nourriture sont empilées sous la tente. Pour cette seule matinée du 29 octobre, ils ont reçu plus de 5000 euros pour la caisse de solidarité. Des dons provenant de professeurs d’université, de syndicats, d’élèves, de l’inspection du travail et de particuliers, dont certains ont fait le déplacement pour leur remettre le chèque en main propre. En 17 jours de grève, ils auront vu défiler étudiants, syndicalistes, politiques, chômeurs ou travailleurs venus les mains pleines ou les poches vides, mais tous animés de cette même envie de partager un peu de ce combat contre une politique qu’ils ressentent comme de plus en plus injuste et totalitaire.
Ils reprendront le travail à la suite de l’assemblée générale de l’après-midi, un peu las et amer, mais certains de n’avoir perdu qu’une petite bataille et surtout pas la guerre.

Bertrand Gaudillère





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