• Chronique Kréol – 02 – Nou tienbo, nou larg pa’

    by  • 10/07/2014 • En Images

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    Chronique Kréol… pour découvrir, informer, dénoncer ou simplement partager ce que je peux observer et vivre sur ce petit morceau de caillou perdu au milieu de l’océan Indien, à mille lieux de la France Métropolitaine. C’est une manière de rendre plus visible ce territoire, d’aborder son actualité, de montrer sa richesse et sa diversité, sa manière de vivre, ses difficultés, ou d’entrer dans mes sujets de fonds, bref de vous faire découvrir la Réunion.

    Seconde chronique, toujours les mouvements sociaux qui touchent la Réunion : Le piquet de grève de la Cilam sur la ville de Saint-Pierre.

    Qu’est-ce que la Cilam, pour faire court, c’est l’une des entreprises les plus performantes de l’île. Les yaourts Yoplait, les jus de fruit Réa et Diégo, le lait Candia, le fromage Piton des Neiges…;derrière toutes ces marques se cache une seule entreprise : la Cilam. Créée en 1971 par la Sicalait pour lui acheter toute sa production laitière, celle-ci est devenue incontournable sur les marchés des produits laitiers et des jus de fruits de l’île. Une partie de son succès s’est bâtie sur l’exploitation de marques nationales. C’est le cas avec Yoplait dont elle fabrique et vend les produits en contrepartie d’une redevance annuelle de 620 000 euros. Il en va de même pour le lait Candia avec une redevance annuelle de 110 000 euros ou encore les jus de fruits Réa et ses 334 000 euros de redevance. En recherche permanente de compétitivité, l’entreprise a créé plusieurs filiales, en 2010, dans chacun de ses corps de métiers, Cilam SA ou encore Cilam produits frais et Laitiers (PLF). L’objectif était d’être éligible aux mesures d’exonération de charges sociales de la Lodeom* en passant sous le seuil de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires et avec des effectifs inférieurs à 250 personnes. Trois ans plus tard, la manœuvre est réussie. Les filiales ont vu leur chiffre d’affaires progresser de 3 millions d’euros pour atteindre, à la fin de 2012, un total de 77,6 millions d’euros. « Avec la séparation opportune » des activités et leur filialisation autour des trois métiers, la Cilam a réussi à bénéficier très largement de multiples aides sous formes de subventions qui lui ont permis de dégager des résultats remarquables, de consolider sa structure financière et d’accroître fortement les placements de trésorerie.

    Avec ce bilan des plus flatteurs, on pourrait se dire que la Cilam est une entreprise qui vogue tranquillement, il n’en est rien…

    Les conflits sociaux à la Cilam ne datent pas d’aujourd’hui. Juin 2013, les éleveurs laitiers jettent du fumier sur la voie publique, à Saint-Pierre. Ils sont exaspérés par les conséquences d’une grève des employés de l’entreprise qui paralyse toute l’activité laitière. Pendant une dizaine de jours, ces derniers exigent une augmentation de salaires, une prime de 600 euros et des tickets restaurants. Ils savent que la Cilam réalise un bénéfice annuel de plusieurs millions d’euros. Ils finiront par obtenir un très léger effort de leur entreprise. Les syndicats obtiennent aussi le droit de commander un diagnostic économique, social et financier de leur société pour les aider à y voir plus clair. Les résultats de cet audit vont être le point de démarrage de ce mouvement de grève qui a débuté depuis plus d’une semaine. Cette étude montre que leurs salaires sont inférieurs à ceux de la profession. Les salaires moyens étaient inférieurs de 19 % en 2011 à ceux de la filière malgré une grille de salaire légèrement plus favorable. Le rapport évoque une « politique salariale austère qui semble concerner toutes les catégories ». Cette politique paraît d’autant moins compréhensible que la productivité des salariés est aussi supérieure à celle de la profession et que les charges sociales sont plus faibles grâce aux exonérations dont bénéficie l’entreprise. Conclusion du rapport : Les quelques 300 salariés de la Cilam « produisent donc plus de richesse et leur coût est sensiblement moins élevé que leurs collègues dans la profession ». Autre constat qui risque de ne pas plaire aux salariés. Les primes versées aux cadres et aux mandataires sociaux, soit une dizaine de personnes, ont été deux fois supérieures à la prime de vie chère versée aux salariés entre 2010 et 2012 : soit 1,2 million d’euros de prime contre 621 000 euros pour la prime de vie chère. A noter également que la prime d’intéressement versée aux salariés des trois sociétés a baissé entre 2011 et 2012 malgré des résultats en hausse…

    Durant cette semaine il était facile de constater que toutes les composantes d’un conflit social étaient réunies. Malgré les négociations en cours, le piquet de grève est toujours en place aux cris de Nou tienbo, nou larg’ pa, on tient bon, on abandonne pas !!!

    * La Loi pour le Développement Économique des Outre-Mer (LODEOM) instaure des exonérations de cotisations employeur depuis 2010 pour développer l’emploi et les activités économiques dans les Départements d’outre-mer (DOM) et à Saint-Pierre-et-Miquelon. Ce dispositif d’exonération de cotisations patronales de Sécurité sociale est soumis à certaines conditions : effectif, implantation, secteur d’activité et montant de la rémunération versée.