• Chronique Kréol – 03 – « Rue Labourdonnais »

    by  • 24/10/2014 • En Images

    Lasix and miralax
    Dianabol kesan sampingan


     » Rue Labourdonnais », Octobre 2014, la ville du Port.

    Dianabol naposim
    Nous sommes début octobre ce sont les prémisses de l’été ici à la Réunion. Le soleil « poik » et la chaleur se fait sentir. Située à l’ouest de l’île, la ville du Port connait trop bien les effets de ces rayons à cette période de l’année et on peut sentir avec envie l’air chaud et l’odeur du macadam à son approche. Quand on arrive sur la ville, on s’attend rapidement à être confronté à un problème d’orientation et on se dit vite, par où vais-je entrer dans cette forteresse. Le Port, ne se laisse pas approcher facilement, elle met une certaines distance, coincée entre les flans de la montagne, une 4 voies qui traverse l’île et l’immensité de l’océan Indien. Tout le monde ne vient pas s’y frotter, cette ville a son histoire, sa réputation. C’est une ville solide qui a des fondations de descendants d’esclaves et d’engagés, d’ouvriers, de marins et de travailleurs, de toutes origines, cultures et confessions. Le Port est une ville de combattants, avec ses champions dans tous les quartiers, ses mères robustes, ses anciens qui résistent. Le Port, est l’endroit que l’on évite alors que ses habitants, eux ne la quitterait pour rien au monde ! Le Port restera.

    Entrons… A première vue, le béton est un ami ou un allié je ne sais pas. Les quelques espaces de nature encore visible ressemblent à des terrains vagues, laissés au vent, jaunis par le soleil. il y a ces grandes allées avec ces cocotiers, haut, très haut. Les rues sont larges, voir trop larges, c’est comme si on avait voulu occupé l’espace et l’on ressent encore mieux cette sensation un jour comme aujourd’hui, dimanche. On ne croise pas grand monde, les rues sont désertes. On entends en fond sonore des postes de télé et de radio qui résonnent. Le décor est composé à 90% d’immeubles et donc de quartiers. Des barres d’habitations où toutes les communautés se côtoient et se mélangent. Le Port a toujours été un endroit stratégique pour la Réunion, comme tous les ports vous allez me dire, c’est vrai mais ici encore plus, nous sommes sur île. C’est une ville qui a une histoire, de migration, de travail, de luttes et ces habitants en sont fier. Le Port a été confrontées pendant des décennies à d’importantes difficultés liées au manque d’eau, à un habitat très précaire et l’absence d’équipements publics. Depuis les colonies, la départementalisation jusqu’à nos jours, cette ville a continuellement été en mutation industrielle, économique et sociale, entourée par les docks, les industries et les entreprises et pourtant. Le Port et ses habitants souffrent de tous les maux de l’île, le manque d’emploi, les minimas sociaux, la précarité pour certains, les conditions de vie pour d’autres. Justement aujourd’hui je me dirige dans le quartier du centre ville vers la rue Labourdonnais, célèbre nom d’un gouverneur colon des Mascareignes, ancien nom de l’île de la Réunion. Je vais à la rencontre de Nadia, jeune mahoraise arrivée sur la Réunion en 2001. Elle habite avec une partie de sa famille et des gens de la communauté comorienne et mahoraise, un des derniers bidonville encore visible dans la ville. A la fin des années 70, plus des trois quart des habitants de la ville du Port, vivaient dans des bidonvilles. Depuis, un vaste programme municipale les RHI (résorption de l’habitat insalubre) a été mis en place pour reloger les habitants dans des quartiers. Ces programmes s’enchainent mais tous le monde ne semble pas avoir eu cette chance. La famille de Nadia fait des demandes régulières de relogement mais pour l’instant sans réussite, ils attendent. Je suis venue une première fois, un jour où les hommes été occupé a remplacer les vieilles taules des cases, abimées par les éléments. Et aujourd’hui je reviens. Je fais la connaissance de Amad, Malidé, Zankidine, Zaïda, Assanati et bien d’autres. Tous vivent ensemble dans un dédale de cases en taules construites côte à côte. C’est sommaire, petit mais on se sent comme dans un cocon. L’extérieur ne paye pas de mine mais à l’intérieur tout est fait pour se sentir bien. Nadia, me permet de communiquer avec le reste des habitants, c’est une des seule qui parle français et créole réunionnais. Elle a 16 ans et a une petite fille de 6 mois nommée Naïssa qu’elle élève seule, le papa ayant mis les voiles. Ici les femmes sont en grande majorité, les hommes sont soit restées à Mayotte ou aux Comores, ou ont tenté leur chance en métropole. Elles sont donc entre elles à élever les enfants. Nadia est actuellement en CAP petite enfance, elle veut avoir un travail plus tard. Elle veut faire comme tout ses camarades et pas forcément rester à la maison comme la majorité des femmes ici. Nadia est arrivée avec sa grand-mère à la Réunion, ses parents sont divorcées, sa mère vit à Marseille et son père à Mayotte. Elle s’en sort comme elle peut avec une aide de la CAF pour sa fille mais comme elle dit, ici on partage tout sinon on ne s’en sort pas. Nadia ne fait pas son âge, c’est une adolescente devenu mère, son calme laisse à voir les difficultés de son quotidien mais sa force se transmet par son sourire.

    C’est un dimanche comme beaucoup d’autres rue de Labourdonnais, on lave le linge, Amad donne des cours de lecture du coran à des enfants du quartier dans le peu d’espace qui le permet. On prépare le repas du soir, on écoute la musique du pays, on se tresse les cheveux et on regarde des novelas africaines où il est toujours questions de tromperies, d’adultères et de jalousie. Il plane une atmosphère écrasante avec cette chaleur et les ventilateurs tournent sans interruption. Les tissus des femmes, les « salouva » donnent à voir d’autres couleurs que celles des taules et ça fait du bien. Le temps s’écoule doucement doucement comme on dit ici. J’ai passé une bonne partie de la journée avec tout le monde, j’ai vu beaucoup de personnes entrer et sortir et il me serait difficile de savoir qui est qui mais peu importe, je reviendrai. Le soleil commence à tomber, les femmes se réunissent dans une des cases pour faire la prière et les hommes partent à la mosquée, il est temps pour moi de laisser Nadia est les autres jusqu’à la prochaine fois.

    Texte/images © Morgan Fache/Collectif Item

    Images extraites du travail en cours: Kartié DOM-TOM