Une vie française : Jean-Gabriel (Histoire de logement…)
| Chronique ! | Publié par : Bertrand Gaudillere 20/03/2012 |
Selon le rapport 2012 sur l’état du mal logement en France réalisé par la fondation Abbé Pierre, les visages du mal logement se sont diversifiés et renouvelés au cours des dix dernières années, donnant une ampleur nouvelle et préoccupante au phénomène qui toucherait pas moins de 3,6 millions de personnes. Pour 3 français sur 4 il serait difficile de se loger. Pour faire face à cette réalité incontournable, certains trouvent des solutions alternatives au parc locatif privé (qui représente encore 80 % des résidences principales) et se tournent vers ce que les auteurs du rapport appellent la Zone Grise du logement, à savoir des réponses précaires pour se dépanner, et attendre. Camping, caves, parking, hébergement chez un proche dans le meilleur des cas…
A 32 ans, ce n’est pas dans cette zone d’inconfort que navigue Jean-Gabriel. Vivre dans un camion est un choix. Ou plutôt ÉTAIT un choix ! celui qui correspondait le mieux à son mode de vie il y a huit ans. Aujourd’hui, c’est contraint par la réalité économique qu’il poursuit sur cette voix. S’il ne rêve pas de pouvoir justifier d’une adresse, quittance de loyer à l’appui, pour le vernis social, il reconnaît aisément que vivre dans un appartement lui conviendrait à ce moment de sa vie, tant pour des raisons personnelles que professionnelles. Cependant le sacrifice, ou plutôt le taux d’effort qu’il devrait consentir pour arriver à conquérir quelques mètres carrés sans essieux ni moteur, ne lui serait pas possible aux vues des garanties de solvabilité exigées par les bailleurs. Pourtant il travaille, son activité professionnelle est régulière, mais considérée comme précaire car relevant de l’intermittence ou des professions libérales
Jean-Gabriel aura finalement passé un hiver de plus dans son camion, sans souffrir du regard que l’on pose sur lui, contrairement à beaucoup de ceux qui connaissent des difficultés de logement, sans ressentir particulièrement l’exercice d’une quelconque discrimination non plus, mais en constatant amer que la norme devient bien étroite et qu’il est aisé de se retrouver à la marge, selon des critères subjectifs qui souvent confinent à la bêtise…
Il a ce détachement serein des gens qui peuvent encore assumer leur choix, mais il réalise que ce n’est pas le cas de tous ceux qui sont en souffrance sur le territoire du logement, et pour qui le fait de ne pas avoir d’adresse fixe et de lieu à soi pour vivre devient un handicap social, autant qu’un facteur discriminant.
Quant à la conclusion de la fondation Abbé Pierre, « pour que la situation des plus modestes s’améliore, encore faudrait-il s’y intéresser autant qu’aux banques et aux banquiers (…) » il l’approuve en souriant sans autres commentaires !
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