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2 à 3 millions d’« irresponsables » dans la rue

Collectif Publié par : Bertrand Gaudillere   30/01/2009
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Jeudi 29 janvier. Plusieurs millions de Français, du secteur public comme du secteur privé, battent le pavé dans la France entière. Les slogans répondent aux attaques sémantiques du Président et de ses sbires : la grève, aujourd’hui « personne ne s’en aperçoit » (Sarkozy, 07/2008), et c’est un moyen « pas adapté » pour se faire entendre. Les Français feraient mieux de se « se serrer les coudes » plutôt que de « descendre dans la rue avec les mêmes slogans » (Eric Woerth, 27/01)).
C’est cette petite phrase qui m’a donné envie de retourner voir les gars de Sud-Rail, les « irresponsables », comme le président les a nommés début janvier. Accusés d’avoir « bloqué » la gare Saint-Lazare et privé près de 500 000 voyageurs de leur moyen de transport le 13 janvier, ce syndicat microscopique (3,8 % aux Prud’homales) se fait matraquer par les médias : « terroristes », « anarcho-syndicalistes », meneurs de « guérilla » (« La Croix ») aux méthodes « choquantes » (Jean-Marie Colombani)… poussent Le Figaro dans ses retranchements, lequel hurle à « l’escroquerie » et barre sa une de cette «enquête» : « Comment Sud déstabilise la SNCF » (15/01).
Quand on sait que, selon la SNCF elle-même, le nombre de jour de grève par cheminot baisse d’année en année (2,3 jour chômé en 2003, 1,4 en 2005 et 0,5 durant les neuf premiers mois de 2008) et que seulement 2 % des retards et arrêts du trafic sont imputables aux débrayages, on a effectivement envie de hurler à l’« escroquerie » intellectuelle des chiens de garde du système. Pas besoin de lire Le Figaro pour s’en convaincre.
En ce mercredi 28 janvier, Item a donc pris son micro, enfilé sa doudoune et pris le train pour Saint-Lazare. En face de la gare, une équipe de M6 et une autre de Itélé récoltent les bons mots de quelques usagers, dont on peut deviner qu’ils en avaient déjà « marre » d’être « pris en otage ». Le premier quotidien de France, Ouest-France, barre déjà sa une de ce titre nuancé : « Demain, journée de grèves et de galère ».
Philippe Guiter, un des « irresponsables » de Sud-Rail, nous accueille avec joie. Il embraye très vite sur le traitement médiatique « effarant » de la journée de grève du lendemain. Son discours dépasse largement celui des « intérêts » des cheminots. C’est aujourd’hui toute la fonction publique qui est menacée par la Révision générale des politiques publiques (RGPP), un plan social du gouvernement Fillon, où plus de 30 000 suppressions de poste sont à l’ordre du jour. Dans le privé, on voit passer les milliards, tandis que les salaires baissent et que les horaires s’allongent.
Ce travail est un travail collectif, sonore et visuel, basé sur la volonté commune de témoigner de ces mouvements de révoltes sociales massifs. Il témoigne également de la volonté de s’inclure dans les luttes sociales qui sont menées dans ce pays.

Julien Brygo

Dans le montage sonore :
Eric Woerth, ministre du budget (France Inter, 27 janvier)
Philippe Guiter, délégué Sud-Rail (gare Saint-Lazare, 28 janvier)
Nicolas Sarkozy (conference de presse, 13 janvier)

Montage : Julien Brygo

Photos : Bertrand Gaudillère, Franck Boutonnet, Romain Etienne, Julien Brygo



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