Archive pour la catégorie ‘Coups de Gueule’

Bar Floréal – Suite de la Lettre Ouverte pour les appels d’offres publics

Coups de Gueule Publié par : Franck Boutonnet   06/04/2011

Bonjour à tous,

le 25 mars dernier, le bar Floréal vous faisait parvenir une lettre ouverte pour protester contre une des clauses d’un appel d’offre publié par le Conseil Général de l’Essonne.
Vous avez été nombreux à réagir, à publier, à faire circuler cette lettre et à nous apporter des témoignages de soutien et des exemples d’autres « abus » qui ne nous ont pas rassuré sur les conditions de travail des photographes et des graphistes aujourd’hui. Nous tenions tout particulièrement à vous en remercier.
Ce même 25 mars, nous avons envoyé un courrier au Président du Conseil Général de l’Essonne pour lui faire part de notre indignation et connaître son avis sur ce dossier.
À ce jour, nous n’avons pas obtenu de réponse officielle de sa part mais nous tenions à vous faire savoir que le règlement de la consultation de cet appel d’offre a été modifié et qu’il n’est plus demandé aux postulants de venir, sur le terrain, sans rémunération aucune, faire la preuve de leur savoir-faire photographique.
Le combat continue néanmoins. Par exemple, la ville de Boulogne-Billancourt vient elle aussi de publier récemment un appel d’offre à photographes dans lequel elle demande aux postulants de venir dans un de ses musées faire les photos qui illustreront leur candidature.
Pour ce qui nous concerne, nous ne répondrons pas à cette consultation mais nous restons solidaires bien entendu avec ceux qui manifesteront leur désaccord avec ce type de pratiques.
Restons vigilants, tous ensemble !
Les photographes du bar Floréal

le bar Floréal . photographie
43, rue des Couronnes
75020 Paris
tél. 01 43 49 55 22
fax 01 43 49 69 34

www.bar-floreal.com




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Concours mon C… !

Coups de Gueule Publié par : Marc Bonneville   03/04/2011

Dirait Zazie, celle du métro. Il ne se passe pas une semaine sans que ma boîte mail ne s’enrichisse de propositions alléchantes visant à accroître ma notoriété, ou à me permettre de développer LE projet photographique qui me tient à cœur.
Moyennant une inscription modique de 30,40 voire 50 euros c’est selon, j’ai une chance soit de recevoir une bourse (1500 euros à répartir entre trois « lauréats », c’est un dénommé Thierry qui me le proposait encore récemment), soit d’être exposé, peut être à New York, à la Milk Gallery (The Curator m’a contacté directement) …
Jusqu’au peut-être respectable festival Images 2011 de Vevey (CH) qui demande 40 euros de « frais de dossier » (mais qui a la décence d’en redistribuer 30 000).
Je rapproche volontiers ces quelques exemples d’une phrase qu’on entend souvent lorsqu’on est jeune photographe : « ça te fera une super publi ».
Ce n’est pas d’hier que les uns et / ou les autres jouent du désir de reconnaissance des jeunes, ou moins jeunes, photographes.
Toute personne qui rechercherait un travail salarié se poserait certainement quelques questions si à chaque CV envoyé, à chaque réponse à une annonce, on lui demandait 20, 30 euros de frais? La pratique ne semble pas courante par ailleurs.
Dans le milieu de la photo il en va autrement. La pratique semble s’ériger en règle.
Concernant chaque événement organisé de la sorte, je serais curieux de savoir comment est ventilé l’argent. Quels pourcentages sont reversés aux participants sous formes de bourses, prix, ou frais d’exposition, à quelle hauteur sont défrayés les membres du jury, quelles sommes vont à la structure organisatrice… Bref, qui profite?
En attendant à chaque fois que je ne participe pas à ce que j’assimile à une loterie , je fais un pas de plus en direction de personnes ou de structures qui font l’effort de s’intéresser à mon travail, parce que je fais celui de les démarcher avec je l’espère un projet cohérent. Et si au bout de l’histoire je cofinance un projet, c’est en toute transparence et connaissance de cause. Et je continue à participer souvent à toutes sortes de manifestations que les organisateurs font l’effort de financer autrement qu’en ponctionnant les photographes.



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Lettre ouverte aux photographes, agences et collectifs répondant aux appels d’offres publics

Coups de Gueule Publié par : Franck Boutonnet   30/03/2011

Vendredi 18 mars 2011 le Conseil Général de l’Essonne publie un appel d’offre pour un marché public concernant des prestations de prises de vues photographiques pour le département.

L’offre est divisée en 4 lots. Il s’agit, pour résumer, d’assurer la couverture photographique d’évènements culturels, sportifs, associatifs et politiques du département, cela implique aussi des paysages et des portraits, en intérieur et en extérieur.

Pour 3 des lots (voir Annexe ci-jointe), en plus du dossier de candidature « classique » comprenant tous les documents administratifs habituels et un book de photos permettant de présenter les compétences et le niveau d’expérience du ou des candidats, il est demandé aux postulants de réaliser « in situ » un ensemble de photographies sur des sujets donnés, pour pouvoir constituer le dossier de candidature.

Si l’on répond sérieusement, par exemple au 1er lot, la réalisation et l’organisation de ces photographies « commandées » correspond, post-production inclue, à au moins 6 ½ journées de travail, non rémunérées, ni défrayées ! Si l’on veut répondre en plus aux 2 autres lots, cela représente plus de 20 demi journées, à réaliser en 3 semaines (la date limite de dépôt du dossier de candidature étant fixée au 8 avril 2011) !

Ainsi, le seul dossier photographique de références ne suffirait plus à attester de notre savoir-faire…

Ces clauses particulières de candidature, en plus de douter des capacités des photographes à maîtriser le B-A BA de leur métier (le cadrage et l’exposition) nous obligent à engager des frais considérables et à travailler gratuitement. C’est inacceptable et révoltant. Qui plus est émanant d’une collectivité territoriale.

Nous appelons donc au boycott de ce type d’appel d’offre par la profession.

Nous demandons à être reconnus comme des prestataires fiables et sérieux, au même titre que n’importe quel corps de métier, sur la base de nos références. Vouloir nous « tester » comme des débutants, nous demander de payer pour travailler, à l’heure où la conjoncture met à rude épreuve les métiers de la profession, est indécent.

Les photographes du bar Floréal


Jean-Christophe Bardot
Bernard Baudin
Sophie Carlier
Lucile Chombart de Lauwe
Éric Facon
Marc Gibert
Alex Jordan
André Lejarre
Mara Mazzanti
Nathalie Mohadjer
Olivier Pasquiers
Caroline Pottier
Nicolas Quinette
Laetitia Tura


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Phobie des « pénuries » ou phobie des luttes sociales ?

Coups de Gueule Publié par : Julien Brygo   25/02/2010
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Excès de zèle anti-grève dans les médias dominants

Quand des ouvriers malmenés en viennent à menacer de bloquer des dépôts de pétrole pour lutter contre la direction de Total (qui ment), les médias y voient un risque de paralysie du pays. Normal, vous êtes au « pays des grèves » où les journalistes sont encore plus convaincants que les ministres et les PDG.

Mardi 23 février. La CGT raccroche. Sur le parvis de la défense, les journalistes jubilent : « Rassurés, dit Charles Foulard, coordinateur CGT de Total, parce que le groupe ne fermera aucune raffinerie d’ici cinq ans »… sauf celle des Flandres, à Dunkerque (59).
Comme d’habitude en matière de luttes sociales, la presse traite le sujet sous l’angle de la probable « prise en otage des Français ». Les méchants salariés de Total contre les bons automobilistes. Les grévistes arc-boutés sur leurs positions irréalistes contre les Français qui ont naturellement besoin d’essence pour aller au travail.

Le même jour, dans le journal de treize heures de France 2, une automobiliste se tortille à la pompe et écoute la question de la journaliste :
« Dîtes madame, vous avez fait des réserves ?
Réponse attendue (et obtenue)  :
- Ah ! Ah oui, ah oui, on y pense, s’il n’y a plus d’essence, ça sera difficile, surtout pour le travail. » (France 2, 23/02/10)
J’ai pas noté la phrase exacte, mais ça sonnait comme ça.

Le lendemain, un enchaînement de sous-titres parmi des milliers chaque jour, qui défilent sur le bas de l’écran de la « CNN française » :
- « La grève continue à Dunkerque malgré les concessions de Total » (18h43) (Note 1) ; « sans « projet de substitution » Dunkerque devrait rouvrir (Christian Estrosi) » (18h43) ; « Reprise du travail dans toutes les raffineries sauf à Dunkerque » (18h43) ; « Total doit créer des emplois dans l’énergie à Dunkerque (F.Chérèque) » (18h44) ; « 134 stations Total encore en rupture totale ou partielle des stocks » (18h44) ; « le site de Dunkerque déçu de la fin de la grève sur les autres sites » (18h44, Itélé, 24/02/10). Bel enchaînement, malheureusement interrompu par une mauvaise nouvelle : « L’appel à l’arrêt de la grève n’a pas été entendu partout. »
Alors, quand même, le soir, au journal de France 2, le présentateur, qui s’apprête à recevoir le PDG de Total Christophe de Margerie, ouvre son « sujet » en rassurant la France entière : « Le spectre d’une pénurie d’essence est définitivement éloigné cet après-midi (…) seuls les salariés de la raffinerie de Dunkerque, en haut en rouge (sic), ont décidé de poursuivre le mouvement (…) Mais d’abord, pour mieux comprendre ce conflit qui a failli paralyser la France »… et hop, il lance son reportage.

Retour plateau. Apparait (enfin) le visage poupon du patron de Total. Citons seulement la première phrase du roi pétrolier moustachu : « Je crois quand même qu’il est important de… de recaler les choses. » Le reste est à l’avenant : « Les choses changent (…) Il n’y a pas de manque de pétrole (…) La consommation d’essence baisse en France et c’est très bien » (…) je l’ai dit et redit : il n’y aura pas de licenciement à Dunkerque car les salariés seront repris, reclassés à l’intérieur de la société Total. » Le journaliste ne le questionnera pas sur la délocalisation de Total à Jubail (Arabie Saoudite) où la société la plus rentable du CAC 40 construit avec la société saoudienne Aramco la « méga-raffinerie » du XXIème siècle : 10 milliards d’euros, pour 400 000 tonnes de pétrole raffinées chaque jour à l’horizon 2011. Un oubli, sûrement…

« Pas de licenciement » ? Quid des sous-traitants (600) ? Des quelque 500 entreprises engagées pour le grand arrêt quinquennal ? Des salariés qui ne comprennent pas qu’il est bon pour eux de devenir « mobiles » et de partir de Dunkerque, avec leurs familles, ailleurs, dans un des autres sites du groupe ? Les salariés récalcitrants n’auront qu’à démissionner. Les petites entreprises de la sous-traitance n’auront qu’à se reconvertir. Et si le port de Dunkerque perd un bon quart de son trafic, qu’il se rabatte sur les bananes caribéennes. Nous sommes vraiment mauvaise langue : « On va vraiment s’occuper d’eux, de manière responsable », répète le boss, dont nous n’hésitons pas à vous montrer les scandaleux portraits que lui ont taillé les ouvriers de Dunkerque (Christophe de Margerie en nabab, Christophe de Margerie en Obélix…)

Désormais, les médias, comme les va-t-en-guerre, sont préventifs. Ils anticipent les vrais problèmes des Français : le risque qu’une « minorité » empêche la « majorité » de travailler, de bouger, de créer, de vivre, quoi. Car à chaque conflit social, c’est la même équation : les luttes des ouvriers sont passées au tamis sécuritaire et sociétal : les ouvriers sont-ils dangereux ? Menacent-ils l’intégrité physique du public ? N’empêchent-ils pas les autres de travailler, en bloquant les trains, en annulant des avions, en bloquant les dépôts pétroliers et donc les stations d’essence ? D’ordinaire, ils « grognent », tels des cochons. Cette-fois-ci, ils osent brandir la menace de la pénurie pour peser dans la lutte et convaincre que la délocalisation en Arabie Saoudite est tout aussi pernicieuse pour l’environnement. Alors même que la direction de Total a décidé il y a six mois d’arrêter la production de la raffinerie des Flandres, les pipistrelles du Parti de la Presse et de l’Argent (1) s’indignent : « Les salariés de Dunkerque continuent la grève, malgré les concessions de Total. » (2) On croit rêver. Non, on regarde la télé.

Dans les cinq raffineries Total, le lendemain de la réunion de capitulation de la Défense, la majorité des salariés de Total a gentiment repris le travail. Evidemment, restent les « irréductibles dunkerquois », qui persistent dans la grève, alors que la direction a, le jour-même à son siège de la Défense, assuré qu’il n’y aurait  « pas d’autre fermeture dans les cinq ans ». Excès de zèle anti-grève des médias dominants, encore une fois. Comme pour les cheminots contre les usagers de la SNCF, les contrôleurs du ciel contre les clients des sociétés aériennes, les dockers et les marins contre les voyageurs et le canapé Made in China de Béatrice, les enseignants contre les mères de famille… En réalité, que les ouvriers de Dunkerque cessent ou non leur « grève », leur raffinerie est en « arrêt conjoncturel » depuis septembre 2009.
C’est précisément pour la redémarrage de la raffinerie des Flandres que les ouvriers dunkerquois sont mobilisés. Les ouvriers, car les cadres, eux, trop occupés à lire les pages « Voyages » du Figaro (3), ne font pas grève à Dunkerque : le groupe les a déjà, pour la plupart, placés dans d’autres sites du groupe, en France ou à l’étranger.

Ce qui intéresse la presse, ce n’est  pas la capacité des ouvriers à faire plier un groupe comme Total, qui a d’ores et déjà annoncé la fermeture de la plus récente raffinerie française (1974). Ce n’est pas non plus les divergences de vue entre l’Elysée, Matignon et le ministère de l’Industrie. Ce n’est pas non plus le sort du raffinage en France et les délocalisations menées par l’héritier d’Elf-Aquitaine en Arabie Saoudite ou aux Etats-Unis. Ni les conséquences, pour le port de Dunkerque, de voir 25 % de son trafic s’évaporer. Mais ce sont… « les risques de pénurie de carburants ». Les ouvriers sont louables, du moment que leur lutte n’ait aucune conséquence hors du périmètre de leur entreprise. Vous avez dit « fabrique du consentement » ?

Julien Brygo

1. La pipistrelle est une espèce de chauve-souris très présente en France. Elle mesure entre 1 et 3 centimètres, sans la queue, pèse entre 3 et 8 grammes et se hisse souvent au-dessus des lampadaires ou dans les parties retirées des habitations. Le Parti de la presse et de l’argent (PPA) est une appellation forgée au sein de la Sardonie Libre, royaume créé par les sardons du journal Pour Lire Pas Lu (PLPL), devenu Le Plan B. Il désigne les médias commerciaux dirigés par des empereurs industriels, lesquels ont souvent les faveurs des décideurs politico-économiques (Le bétonneur Bouygues pour TF1-LCI, le milliardaire amateur d’art Pinault pour Le Point, le roi des ports africains Bolloré pour les gratuits DirectSoir, MatinPlus et la chaîne Direct 8, le banquier Rothschild pour la gazette des urologues postmodernes – encore nommée Libération -, Bernard Arnault pour Les Echos, Lagardère pour Le Monde, que les Sardons appellent haineusement le Quotidien vespéral des marchés…). Leur but (éditorialistes, économistes, journalistes, spécialistes…) est de hisser l’information au rang des biens commercialisés dans les rayonnages des magasins (les chaussettes, la mousse à raser, les conserves à réchauffer…). Sur ce sujet, consulter la carte du PPA, établie en 2006 par Le Plan B ou les articles du site de critique des médias Acrimed.

2. Itélé, 24.02.10. Des « Concessions » ? Une « table ronde pour l’emploi ». Question réunions inutiles, on ne fait pas mieux. Et aussi : « L’assurance d’un grand projet énergétique à Dunkerque » (Christian Estrosi, ministre de l’Industrie). Comprendre : la participation de Total au projet de terminal méthanier de Dunkerque, dont EDF a remporté l’appel d’offres il y a maintenant un an. Quid du nombre d’emplois créés par ce chantier pharaonique qui va souiller une zone d’espèces protégées et une plage à laquelle les Dunkerquois sont très attachés ? 50 à 150 ! Soit 10 à 15 fois moins de travailleurs que dans la raffinerie.

3. C’est dans le quotidien de Serge Dassault que Total a testé la réaction syndicale à une fermeture définitive de la raffinerie des Flandres. Le 12 janvier, Le Figaro publie cette brève : « Raffinage : Total prêt à fermer Dunkerque. » La nouvelle est aussitôt reprise par l’AFP et donc dans les radios et les journaux. Trois semaines plus tard, rebelotte, dans Les Echos cette fois-ci.

(Images prises à Dunkerque, sur le site de la raffinerie des Flandres et en face de la Communauté urbaine de Dunkerque, où les salariés du site et Marcel Croquefer, délégué CGT du Pôle Chimie, ont mené une action fin janvier)



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