Archive pour la catégorie ‘En Images’

Berlin : la mise en scène était parfaite

En Images Publié par : Julien Brygo   08/12/2009
01_jb1109_0403
02_jb1109_0321
03_jb1109_0941
04_jb1109_125
05_jb1109_122
jb1109_0101
jb1109_021
jb1109_045
jb1109_084
jb1109_113
jb1109_120
jb1109_154
jb1109_161
1 / 13

(Légendes en bas de page)

Plus de 3000 journalistes accrédités. Une opération spéciale « Radio France fait le mur », en direct pendant 24 heures depuis Berlin. Des hordes de policiers, de cameramen et de touristes, drapés des couleurs de l’Europe et célébrant la «chute du communisme»… Bienvenue à Berlin, où, le 9 novembre dernier, furent fêtés les vingt ans de la chute du mur de Berlin.

Comédiens jouant les soldats alliés à Check-Point Charlie ; douaniers soviétiques à la porte de Brandenburg, miradors placés à côté des anciens poste-frontière de la Bernauerstrasse, morceaux de polystyrène bon marché sponsorisés par la Lufthansa, EasyJet, Allianz (……) et placés en rang d’oignon à partir de la Potsdamer Platz pour être symboliquement renversés ; décorations dans le métro (mini-portes de Brandebourg) ; montgolfières barrées du journal « politique » du groupe Springer ; dispositif policier impeccable… À Berlin, la mise en scène de la «chute du communisme» et de victoire de la «liberté» était parfaite.

Moi aussi, j’avais envie de fêter le capitalisme, fêter la démocratie, fêter la fin de la Stasi.
Je suis allé à Berlin, avec ma boite à images. J’ai rencontré des travailleurs à 1,50 euros, des chômeurs dans le lot de 17% de Berlinois sans emploi, des quartiers populaires en voie de gentrification par la grâce des artistes et des agents des Job Center berlinois. Autour de la porte de Brandebourg, j’ai vu des touristes, des Allemands de l’Ouest, propres sur eux, des Français, regardant bouche grande ouverte des plaques de polystyrène tomber symboliquement. J’ai vu des gens qui ont connu le communisme et qui sont repartis de ce cirque en claquant la porte. Celle des débats de Radio-France, la radio aux 14 millions d’auditeurs qui convoquait, une fois n’est pas coutume, des philosophes (BHL), des géopoliticiens d’épouvante (Bernard Guetta), des chiens-truffiers (Nicolas Demorand), des politiques aussi. Peu d’Allemands. Beaucoup de Français. Un regret : l’absence d’Alain Finkielkraut, trop occupé à commenter les polémiques franco-francaises. On ne peut pas être partout.
Avec leurs mots à eux, les commentateurs et leurs invités dépêchés sur place disent le bonheur dans lequel nage l’Europe depuis la « chute du communisme » :

- « Quand j’entends qu’aujourd’hui, fêter la chute du mur ce serait fêter le capitalisme, ce serait fêter la pensée unique, je crois qu’on est déjà en train de vivre un contre-coup de propagande et un petit reste de révisionnisme qui va sûrement se développer dans les années à venir, et on y reviendra…» » (Caroline Fourest, chroniqueuse au Monde et à France Culture, Radio-France, 9.11.09)

- « Moi je ne sais pas où ils sont d’ailleurs, les “ultralibéraux” » (Alain Gerard Slama, éditorialiste, Le Figaro, Radio-France, 9.11.09)

- « L’Allemagne de l’est, c’était l’antichambre de la mort » (BHL, Radio France, 9.11.09)

- « Radio France se mobilise depuis Berlin, pour fêter 20 ans de liberté » (jingles de Radio France)

- « À l’époque [du départ des troupes d'occupation de Berlin-Ouest], moi je me suis quand même pris dans le métro un “Franzosen Raus”, les Français dehors, que je n’ai pas trouvé de très bon aloi. Et ces troupes qui partaient, dans l’esprit de certains, je pense que c’était un peu une histoire qui remettait les compteurs à zéro et, euh, toutes les bouffées nationalistes qu’il y a ici ou en France ne sont jamais bonnes. » (Jean-Yves Cendrey, écrivain, France Info, 6.11.09).

-  « Des militants anticapitalistes (…) un discours très rôdé (…), ici une très petite minorité, les Ostalgiques comme on les appelle, regrettent la RDA » (Marina Bertsch, journaliste à France 24, 8.11.09)

- « Wir sind Brüher, wir sind Berlin ! » (« Nous sommes du bouillon, nous sommes Berlin ! ») (Nicolas Sarkozy, 9.11.09)

Les commentateurs ont commenté.

Et puis j’ai rencontré des habitants de Berlin. Avec leurs mots à eux, ils m’expliquent cette liberté dont ils auraient hérité :

- « La chute du mur, oui, c’était il y a vingt ans. » (Dietter, 60 ans, ouvrier du bâtiment né à Berlin est)

- « Il faut voir comment on se gavait. On avait logements de fonctions, magasins à prix préférentiels, soins, piscine, école franco-allemande, transports gratuits… en plus des salaires versés par l’armée, bien sûr. Chacun vivait entre nationalités dans sa petite cité. Moi c’était Foch. On pouvait aller à l’est quand on voulait. Il suffisait d’aller en faire la demande et ça prenait une semaine. C’est tout. Franchement, ça ne m’étonne pas que les Allemands en avaient assez des occupants. » (Virginie, fille d’adjudent-chef Nantais en poste à Berlin-Ouest de 1984 à 1989. Elle vit aujourd’hui dans la capitale allemande)

- « À Berlin, ils ont tout fait pour rejouer la dramaturgie communiste. De toute façons, c’est toujours l’Ouest qui donne sa version. L’Est n’a jamais sa voix au chapitre » (John, un photographe de l’AFP qui fait le mur devant l’hôtel Westin pour que des touristes viennent casser un bout du mur, pour 18 € avec curry-wurst et champagne inclus).

- « Le contrôle des pauvres et des chômeurs est quelque-part une dictature, puisque pour pouvoir continuer à toucher les allocations, les chômeurs comme nous doivent accepter des boulots payés 1,50 € de l’heure. On ne choisit pas ce système, on tombe dedans, c’est tout. » (Marion, balayeuse du cimetière Saint Thomas à 1,50 € de l’heure, dans le quartier de Neukölln, dans le sud-est de Berlin)

- « À l’époque, à l’est, il y avait des usines de papier, et bien d’autres fabriques encore. Tout ça est fini. Kaput! On avait aussi un sens du collectif, même si on était surveillés : on était tous logés à la même enseigne et ce qui appartenait aux uns appartenait à tous ! On vivait. Aujourd’hui, toute ma famille est au chômage, on leur impose des jobs à 1 euro de l’heure et à part ça il parait qu’on va tous faire la fête le 9 novembre ! Pas nous! » (Dietter et Tommy, 45 et 60 ans, ouvriers du bâtiment et Berlinois de l’est).

- « La liberté acquise en 89 est celle de la concurrence et du marché. Le capitalisme ne fonctionne que s’il n’a pas de point de stabilité. Il faut le renverser comme le mur l’a été. » («Marlies Sommer», porte-parole de Ums Ganze, alliance de groupes « anticapitalistes », seuls à manifester à Berlin contre la « fausse liberté » acquise et la « fin de l’histoire ». C’était le 7 novembre dans le « mite » berlinois. Résultat : Des dizaines de policiers anti-émeutes et une arrestation).*

Julien Brygo

* D’autres pépites à lire dans Le Plan B n° 21, décembre 2009

Légendes

1. 8 novembre 2009. Alexanderplatz (Berlin-est).
2. Novembre 1989. Photographie exposée à Alexanderplatz et retraçant le dispositif médiatique qui a suivi la chute du mur.
3. 9 novembre 2009. La foule est massée autour de la Porte de Brandebourg pour écouter les discours des chefs d’État.
4. Carrefour à proximité de la porte de Brandebourg, point d’orgue du “Mauerfallfest”.
5. Des reporters allemands, abrités sous un parapluie aux couleurs de l’Union européenne, se servent des phares d’une voiture de police pour filmer la foule.
6. Étudiants jouant aux faux-soldats alliés pour 1 € la photo. Journalistes et touristes raffolent.
7. Locaux de la télévision allemande ZDF (Berlin-Est), un des deux studios d’enregistrement de l’opération “Radio-France fait le mur”
8. Image extraite de l’exposition sur la chute du mur à Alexanderplatz.
9. Check-Point Charlie. Comédien sous un portrait de “Charlie”, héros des alliés.
10. Jean-Marie Colombani (dit Ramina), ancien héros du journal Le Monde, aujourd’hui rédacteur de rapports pour Sarkozy. Il était un des invités du “grand débat” d’Ali Baddou.
11. Jean-Luc Hees, président de Radio-France et père de l’opération berlinoise.
12. 8 novembre 2009. “Baiser de la mort”, entre Honecker, dernier président de RDA et Gorbatchev, denier président d’URSS.
13. Marx, Engels et les touristes, venus immortaliser les icônes du communisme.



1 commentaire     laisser un commentaire

RUSLAND 1.5

En Images, infos Publié par : Marc Bonneville   25/11/2009
070226-4341-holi
070226-4292-307-holi
ihs128_02
070226-4317-18-holi
093
094
095
131
132
134
135
070305-5163-holi
ihs122_02
ihs124_02
mankoa_0911_-6776
mankoa_0911_-6787
mankoa_0911_-6798
mankoa_0911_-6802
mankoa_0911_-6804
mankoa_0911_-6807
mankoa_0911_-6815
1 / 21

C’est l’automne depuis trop longtemps déjà, à Moscou. Froid, gris, mouillé. Comme d’habitude. Loin de Sarcelles.

Quel rapport?

Xavier Zimbardo.

Citoyen de Sarcelles, de passage à Moscou, où il revient régulièrement, travaillant à son prochain livre. L’occasion de paraître, dans les murs de « l’Akadémie de Photographie Classique » et de présenter son travail de photographe, parler de la couleur, du mouvement, de politique, des femmes, de manger un sandwich avec une bière, d’exécuter quelques pas de danse. Un mélange d’éclectismes interactifs, dont l’une des conséquences serait la preuve de correspondances entre l’Inde de Holi et les night-clubs moscovites?

Xavier Zimbardo est membre de l’agence RAPHO, membre et administrateur de l’UPC, directeur de Photsoc, festival de photographie sociale à Sarcelles et, auteur de nombreux ouvrages monographiques

images : Xavier Zimbardo, Alex ManKo



0 commentaire     laisser un commentaire

RUSLAND 1.4

En Images Publié par : Marc Bonneville   22/10/2009
161b
sophie002
sophie003
sophie004
sophie005
sophie006
1 / 6

Un clin d’œil au post de Bertrand Gaudillère du mois de février sur l’éducation à l’image. Loin de Painlevé, l’école maternelle 161 à Moscou, et l’exercice revisité à l’ère du tout numérique, de la photo de classe.

En images.



0 commentaire     laisser un commentaire

RUSLAND 1.2

En Images, infos Publié par : Marc Bonneville   24/08/2009
bom_2009_138_15
bom_2009_138_23
banner_small
yiser-3
all-68
all-47
yoanka-13
img_2804
yabo-8
1 / 9

Je vous parlais d’elle dans mon post précédent, Ira Popova expose. Cuba. A Moscou, dans un souterrain, le club-bar «Подмосковье». Après Beslan, la Géorgie, la Biélorussie…, elle part à Cuba pour travailler sur les derniers révolutionnaires et revient avec des femmes, des images de femmes. Deux cents femmes, jeunes, vieilles, pauvres,nettes, floues, cadrées, ou non, pixelisées…Une anarchie du sens qui demande à être simultanément développée et canalisée. Un talent qui demande à murir.

Ira Popova est étudiante à l’école de photographie Rodchenko, l’expo ««Куба рядом» est visible jusqu’au 19 septembre,club-bar «Подмосковье» , pour ceux qui feraient le voyage.



0 commentaire     laisser un commentaire

RUSLAND 1.1

En Images, infos Publié par : Marc Bonneville   22/07/2009

Du 11 au 14 juin, dans le cadre du festival « Pustyie Kholmy », littéralement les « collines vides » j’encadrais un groupe de 6 jeunes photographes russes. A 300 km de Moscou, sous la pluie et la tente, avec du retard, un Woodstock à la slave où se retrouvaient cette année 50 à 60 000 personnes.

Je vous livre le travail de 3 d’entre eux, les autres ont disparus dans les brumes. La demande était simple : construire une série formellement cohérente dans le cadre du festival.

Si je souhaite vous conter cette rencontre, ce n’est pas tant pour vous montrer ces images, mais pour introduire la jeune photographie documentaire russe. Hyperactive, désorganisée, livrée à elle même. Elle essaie, les pieds dans la boue, à l’image de mes tout jeunes élèves sur le festival. Aidée par quelques photographes russes reconnus comme Serguei Maximishin ou Igor Mukhin, par Olga Sviblova et l’école de photographie Rodchenko fondée il y a tout juste 2 ans. Elle essaie avec une énergie incroyable, à l’image de Irina Popova, jeune étudiante en première année, qui a déjà à son actif plusieurs expositions personnelles, donne des conférences sur son travail, s’engueule avec son professeur principal mais ne se considère pas cependant, à l’inverse de certains jeunes collègues comme arrivée parce qu’elle a une toute jeune notoriété et visibilité.

Après la chute du communisme et 2 crises majeures, dans un pays qui a pour tradition d’attendre les oukases avant d’agir, peut-être une génération autonome, enfin capable de décider en assumant sa subjectivité?



0 commentaire     laisser un commentaire