Archive pour la catégorie ‘RESF’

EXPO : “Les chiffres ont un visage” au festival Ires et Désirs.

RESF, infos Publié par : Bertrand Gaudillere   03/07/2010
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Festival IRES et DESIRS
festival de désirs et colères contenues
festival du contenu de colères et de désirs

le 3 et 4 juillet à velanne (Isère 38, 30mn de Grenoble) se tiendra une rencontre festive et évasive.
Parce que nous avons des questions auxquelles nous ne voulons pas  répondre mais que nous ne voulons pas  éluder pour autant. Parce que si il y a des lendemains qui chantent ce festival ne sera pas le grand soir mais une nuit évanescente et interlope qui n’aura pas pour décor l’amnésie collective ni le replis individuel.
Un festival qui vit et s’évanouit, juste un temps, juste un lieu,  juste ici et maintenant.

Ici : c’est la ferme du Mt charvet, perchée au sommet d’une colline, deux paysans une paysanne amateurs et amatrices de rêves, en construisent un, peuplé d’animaux d’arbres et d’amis. Avec pour choix une agriculture biologique une commercialisation en vente directe circuit court et organisations collectives. Engagés dans des luttes au présent dans le fol espoir que l’avenir n’en soit pas une au quotidien. Ils ont eu envie de semer une graine de fête dans leur ferme, fleur éphémère belle et parfumée.

Maintenant : c’est cette « chienlit » de période où l’on s’éclate et l’on implose où la bêtise est une arme de destruction massive et le bon sens un pistolet d’alarme. Où des gros mots comme lutte de classe autogestion syndicalisme asile art et éducation populaire liberté égalité fraternité sont déglutis par les langues de bois et digérés dans les organes des dirigeants.
Maintenant c’est ici, et si l’important c’est la lutte, la fête en est toujours un prélude et une synthèse.

Et pour se faire nous avons imaginé une programmation qui peut nous mettre du cœur à l’ouvrage.
Du théâtre d’improvisation avec « impro38 »
Du théâtre amoureux et musical avec « c’est beau l’Australie quand tu chantes mon amour »
Du théâtre pour les enfants de 0 à 3 ans
Des déambulations tendres et mélomanes avec Odile et Roger

Une exposition de photos «Les Chiffres Ont Un Visage » de Bertrand Gaudillère du  collectif item
Un exposition d’affiches historiques et éclectiques sur les luttes, les engagements, les résistances.

La projection du film de gilles Perret « Walter retour en résistance »

Du bon boire et à manger bio local artisanal

Un concert rock et poétique de « la jongle des javas »
Un concert explosif des « frères molotofs »
Un concert électrisant de « SZ »
Avec les interventions des BARRICADES chorale de chants de luttes de Grenoble.
Avec un bal folk de «  TocTocToc »

Avec un jeu: comment crée t-on un réseau de résistant-tes, les animateurs seront des résistants de 39/45 et d’rusf et resf.

Joaquim Ferrand



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G-Pas de papiers

RESF, item la radio Publié par : Bertrand Gaudillere   02/06/2010

Durée : 9 minutes

L’exposition « Des Chiffres, Un Visage » * présente des images sur papier d’un sans papiers : Guilherme Hauka Azanga, et un montage son d’un rassemblement de son comité de soutien sur la Place des terreaux à Lyon.

C’était le 07 avril 2010 : Guilherme était emmené du centre de rétention à l’aéroport de Bron où un avion « privé » l’attendait. Destination Roisy Charles de Gaulle pour une expulsion du territoire français.

Du son pour dire ce que les images taisent et ce que les textes ne font pas entendre : une ambiance, des voix d’hommes, de femmes et d’enfants, une réflexion citoyenne, l’indignation, l’incompréhension face à l’attitude de la Préfecture du Rhône, le silence… car il est parfois difficile de trouver les mots  face à l’indicible.

Après le délit de solidarité, le délit d’outrage. Plusieurs procès intentés par des Préfets de différentes régions de France ont eu lieu ou sont en cours.
Face à la censure qui frappe, des « bips » remplacent les parallèles fait avec une époque pas si lointaine ou une ville thermale avait tout perdu de son charme désuet pour devenir le point central du régime politique français.

En pensant le son comme un média aussi visuel que des images,  c’est de l’écho que nous souhaitons donner aux voix de ceux qui s’insurgent, c’est du relief que nous cherchons à redessiner pour pallier au manque de diffusion par les médias généralistes, souvent plus préoccupés par leurs annonceurs et leurs actionnaires que par la pertinence et la justesse du propos de ceux qui incarne la voix des « nouvelles résistances ».

Prises de sons et montage : Christina Firmino

* « Des Chiffres, Un Visage » du 27 mai au 26 juin – du lundi au vendredi de 10 H à 17 H – les samedi et dimanche de 14 H à 18 H – item l’atelier 3 impasse Fernand Rey 69001 Lyon.



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Jeunes majeurs scolarisés sans papiers et familles démembrées…

RESF Publié par : Bertrand Gaudillere   29/03/2010
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Guilherme Hauka Azanga, Angolais, en France depuis 8 ans, vit et travaille à Lyon. Il a quatre enfants dont trois sont élèves de l’école Gilbert DRU à Lyon 7e. Tous sont nés en France.
Sous le coup d’une OQTF depuis 2009, Guillherme est soutenu par le Réseau Education Sans Frontières ainsi que par les parents et les enseignants de l’école Gilbert Dru qui se sont mobilisés auprès du préfet pour obtenir une régularisation pour vie privée et familiale. Une demande à laquelle l’administration restera sourde. En revanche, elle mettra tout en œuvre pour mettre à exécution « les mesures d’éloignements » !

Récit:

- 2009 : Refus de la préfecture de lui donner un titre de séjour  et délivrance d’une OQTF

- 30 janvier 2010 après un séjour au CRA St Exupery,  tentative d’expulsion, Guilherme refuse d’abandonner sa famille, il refuse l’embarquement.

- Février 2010 : Condamnation à deux mois de prison pour refus d’embarquement.

- 18 mars 2010 sortie de prison et nouvelle tentative d’expulsion via Francfort. A Francfort, le pilote refuse de partir avec un passager sous contrainte. Rapatriement en France par la police, Guilherme est enfermé au CRA de Lyon St Exupéry.

- 20 mars 2010, le juge des libertés libère Guilherme. A l’issue des 4 heures habituellement réglementaires, l’avocat n’a pas connaissance d’un appel de la préfecture. Parce que c’est le week-end, la préfecture a la possibilité de le faire dans un délai plus large.
Guilherme retrouve Florence et les enfants.

- 23 mars 2010 la préfecture de LYON, en toute discrétion, fait appel de la décision du JLD, la décision de libération est cassée. Guilherme n’a pas été prévenu, le jugement s’est fait sans lui.

- 25 mars 2010, grand déploiement de police vers 8 h 30. Après avoir cassé la porte de l’appartement familial, la police a embarqué Guilherme.

Guilherme est actuellement à nouveau enfermé au CRA de Lyon Saint Exupéry. Une demande d’asile est en cours.

C’est pour Guillherme et tous les autres dans la même situation que samedi 27 mars 2010 RESF organisait une marche de soutien, à la tête de laquelle, digne et émouvante, se tenait Florence la compagne de Guillherme.

Quelques images, pour elle, pour lui, pour Nazim, Khadija, Arthur et Nouney, Sergey, Allae Edinne, Yves… et tous les autres !

Pour plus d’infos :

http://hauka-hazanga.tumblr.com/

http://www.educationsansfrontieres.org/article25824.html



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Alae Eddine, récit d’une expulsion !

RESF Publié par : Bertrand Gaudillere   24/06/2009
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Alae Eddine fait partie des jeunes majeurs que j’ai pu rencontrer dans le cadre de mon travail « les chiffres ont un visage ». Membre du collectif Jeunes Majeurs RESF de Lyon, il a été interpellé suite à un contrôle d’identité et expulsé dans un délai record afin de ne pas laisser le temps aux militants du réseau d’organiser la mobilisation et d’alerter l’opinion public.

Récit d’une expulsion. (Les images ont été réalisées lors de rassemblements jeunes majeurs, chez son parrain, et lors du rassemblement devant la paf)

16 juin 2009

21 h 30 on apprend qu’ Alae Edinne vient d’être arrêté lors d’un contrôle d’identité, il est emmené a l’hôtel de police du Huitième.

22 h 30 Une vingtaine de personnes du réseau se retrouvent devant l’hôtel de police. On leur confirme qu’Alae Edinne est bien gardé à vue dans les locaux. Malgré la mobilisation, le procureur décide du maintien en garde-à-vue, et du transfert d’ Alae Edinne à la PAF (Police Aux Frontières)

17 juin 2009

10 h Alae Edinne est transféré à la PAF. Un appel à fax, mail et téléphone est lancé. La préfecture qui a été contactée par les militants tient une ligne dure : « Nous sommes dans une logique d’exécution de la mesure de reconduite à la frontière ».

15 h Rassemblement devant les locaux de la PAF. Une quarantaine de personnes sont présentes, et une délégation est reçue.

19 h Alae Edinne est transféré au CRA de St Exupery.

18 juin 2009

8 h 40 Alae Edinne Expulsé. Il a appelé le réseau à 8 h 30 pour lui signaler qu’il était dans un aéroport parisien.

23 h 57 toujours pas de nouvelles d’ Alae Edinne depuis son coup de fil du matin. Annonce de la tenue d’une conférence de presse par ses parrains et marraine, Georges Gumpel et et Christianne Demontes.

19 juin 2009

12 h 30 Conférence de presse au café de la mairie Lyon 1er à l’initiative du parrain d’ Alae Edinne, Geoges Gumpel et sa marainne, Christainne Demontes.

18 h 46 On apprend les modalités d’expulsion : par avion de la Royal Air Maroc départ 9 h d’Orly arrivée à 11 h à Casablanca. Il a pu passer un coup de fil à son parrain Georges, un policier de l’escorte lui a prêté un portable, le temps de dire qu’on l’embarquait et qu’on l’avait tabassé. On apprend aussi qu’il a été transféré en fin de matinée au tribunal de Casablanca.

22 juin 2009

9 h 28 rapport d’expulsion venant du Maroc :

Hier Jeudi 18 juin, Alaeddine El Jaïdi a été expulsé de France, arrivé à 9h à l’aéroport Nouasser, puis au commissariat du maarif à Casablanca où il a passé la nuit en cellule.Catherine et Souad se sont présenté au commissariat dès 15h, mais n’ont pu que lui remettre de quoi manger.Un policier nous dit de nous présenter demain vers 9h au commissariat. Il sera présenté au tribunal dans la journée.
Ce vendredi 19 juin, Patrice de RESF Casa s’est présenté dès 9h au commissariat du Maarif  à Casablanca.
Il a pu voir Alaedine sortant de cellule accompagnés de 3 autres jeunes expulsés de Belgique, Espagne et Allemagne. Mais n’a pu avoir les coordonnées de sa famille pour les prévenir.
A 11h,Catherine, Souad,   Patrice de RESF casa accompagné de  Zoé Deback, journaliste nous dirigeons au tribunal de Aïn Sebaa.
Nous attendons jusqu’à 14h avant de le voir libéré.

Témoignage de Alaedine :

Un jour avant son expulsion, alors qu’il allait rendre visite à sa tante avec son cousin, il est contrôlé à la sortie du métro par 5 CRS sortis d’un fourgon. Simple contrôle, mais il n’avait pas ses papiers. Ils appellent le Central. Un IIe fourgon arrive, nombreux, ils le montent violemment , le menottent. Il est emmené à l’Hôtel de police de Lyon 8.
Présenté au commissaire qui lui dit : « vous avez reçu une obligation de quitter le territoire au mois de mars, pourquoi vous n’êtes pas parti ».
Ils le mettent dans une salle d’attente, puis ils l’enferment dans des toilettes pendant une heure, le mettent à poil, l’insultent. Puis prennent ses empreintes et le mettent en garde-à-vue.. . Il passe la nuit dans une cellule
, puis le présente le lendemain à la PAF (Police des frontières). Interrogatoire long. Il y reste jusqu’au soir à 19h. Puis emmené au centre de rétention Saint Exupéry. Vers 20h30, il reçoit des coups de fils, de Catherine Tourier de RESF, qui le rassure et lui dit qu’ils vont mobiliser les sénateurs.
Mais à 2h du matin, 5 policiers débarquent au centre, le réveillent brutalement et lui prennent son portable alors qu’il voulait appeler son avocat, ils l’en empêchent, le tirent violemment , tabassé, mis à terre, coups de poing, coups de pied, sur le visage, le ventre, le bras, «  la chambre 4 est pleine de sang », dit-il.
Ils l’ont traîné puis mis dans un fourgon direction Paris accompagné de 3 policiers en civil, direction aéroport Orly. Il a demandé à voir un médecin pour constater ses blessures, ils l’ont menacé de le battre, menotté et mis dans un avion de la RAM VOL Paris Orly AT 777, le jeudi 18 juin à 8h. Dernier contact avec la France.
Arrivé à 9h30 à l’aéroport de Nouasser, il reste dans une salle d’attente au commissariat de l’aéroport, déclaré être rentré illégalement en France.
Ils le mettent dans un fourgon, direction commissariat Maarif. Il passe la nuit dans un cellule avec 10 prisonniers, couchés tous par terre, sans eau ni pain.
Le matin du vendredi 19 juin, à 9h30, il est emmené au Tribunal et attend dans une cellule avec une trentaine de détenus jusqu’à 14h. Présenté devant le juge, aucune question ne lui est posée, sinon le nom de son père, et lui font signer avec le doigt pour sa sortie.
Triste, hagard, perdu, nous le recueillons. Il a pu juste partir avec ses vêtements qu’il porte sur lui, sans recharge de téléphone, il ne peut joindre personne.
Nous l’emmenons manger, il raconte son calvaire . et nous dit, :
« Maintenant, je veux retourner, pas rester ici. J’ai commencé mes études et je veux les finir. J’ai un CAP platrier-plaquiste, je veux faire un brevet professionnel avec stage en alternance. Je ne veux pas rester à Sidi Slimane, parce que sans diplôme, j’ai rien, je ne veux pas lâcher le morceau. »
Adopté à 15 ans par sa tante de nationalité française, arrivé mineur en France grâce à la « kafala », il s’est inscrit au collège à Lyon, puis suit sa scolarité au lycée . A 18 ans, ils sont venus à domicile le chercher, mis en centre de détention, il en ressort grâce à une grande mobilisation de ses profs et des élèves de son lycée. Puis à 19 ans, puis à 20 ans. Il ne veut pas lâcher le morceau, dit-il.
Nous contactons par téléphone sa tante à Sidi Slimane, Alaedine est sous l’émotion, il n’a plus revu sa famille depuis son départ à 15 ans, il est l’aîné de la famille, marqué par ses blessures, sûr qu’il préfère les revoir avec un diplôme, un travail,  et dignement…

A l’hôpital de Casablanca nous obtenons un constat des violences subies par la police française : suite à l’agression subie le mercredi 17 juin 2009.
-       des ecchymoses au niveau de la face, au bras droit et au torse
-       région occipitale gauche
-       nasale
-       œdème et hématome au mollet droit.

11 h 38 communiqué de l’UJFP pour le retour d’ Alae Edinne

Alae Eddine doit immédiatement revenir en France
Date 22.06.2009 | Sujet : Communiqués de l’UJFP

L’Europe se transforme en forteresse, des murs se construisent à Ceuta et Melilla. Des centres de rétention ou des camps comme celui de Lampedusa se multiplient. Par milliers des immigrés se noient en tentant d’échapper à la misère et aux conséquences de la mondialisation libérale. Une même politique vise à faire sortir les étrangers de l’état de droit.

De Hortefeux à Besson, la politique du gouvernement Sarkozy tend à faire du chiffre et à caresser dans le sens du poil l’électorat d’extrême-droite. Comme pour la droite des années 30, il s’agit de détourner l’attention des vrais problèmes (chômage, misère, inégalités) et de désigner les étrangers à la vindicte populaire.

A Lyon, symboliquement, la personne chez qui le jeune marocain Alae Eddine avait trouvé refuge, se trouvait être un ancien enfant caché juif pendant la guerre, ce qui a été largement médiatisé. Cela n’a pas empêché son expulsion, comme si le pouvoir, malgré la mobilisation, avait voulu signifier que tout lui est permis. La même machine bureaucratique (de discrimination, arrestation, détention) est aujourd’hui mise en œuvre, comme dans les années 40 même si les conséquences ne sont pas aussi tragiques.

Parce que nous n’avons pas la mémoire courte, et que nous dénonçons les lois discriminatoires et de déshumanisation, l’UJFP soutient tous les sans-papiers.

Elle exige le retour en France d’Alae Eddine.



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Vichy, pour une Europe des droits de l’homme ?

RESF Publié par : Bertrand Gaudillere   05/11/2008
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Dans le cadre d’un travail débuté il y a une dizaine de mois autour de RESF (Réseau Education Sans Frontières), je suis allé faire des images à Vichy à l’occasion de la manifestation organisée en réponse au sommet Européen de l’intégration réunit par Hortefeux (ce lundi 3 novembre 2008)

Sur la route pour y aller j’écoute la radio, curieux de savoir comment les choses vont être présentées. Pas un mot ! On parle des élections américaines, de la grand mère africaine d’Obama, de son village qui désormais peut se targuer d’avoir une route goudronnée. On parle aussi des suites de la crise financière et des sournoises banques françaises renflouées qui refusent trop souvent le crédit aux entreprises. Et puis il y a les inondations, les résultats sportifs (ils sont nombreux), et ce déchirant fait divers où une femme après s’être fait amputer des deux bras (ou d’un seul ça dépend de la station écoutée) a fini par mourir des suites de ses blessures infligées par des chiens. On nous dit aussi que la police mène l’enquête pour déterminer si les chiens  capturés sont bien les responsables du drame, mais rien sur Vichy, pas même une pastille ! Quant au résultat de l’enquête…
Bien sûr qu’une conférence réunissant les vingt sept ministres européens de l’immigration à Vichy ne nécessitait pas de faire débat, pas même un quelconque commentaire, aussi laconique fut-il, mais peut être une simple annonce. Les faits, simplement les faits. Objectifs, froids, distanciés comme se doit de le faire tout bon journaliste : Vichy, l’immigration, une conférence, vingt sept ministres, douze compagnies de CRS, trois hélicoptères de surveillance, les abords du palais des congrès déclarés zone de haute sécurité… une ville qui sort enfin de l’ostracisme !

Arrivé sur place, la ville est sous bonne surveillance, je me sens en sécurité, je vais pouvoir travailler dans de bonnes conditions. Fin de la plaisanterie.

La manif est prévue à dix huit heures au départ de Cusset à quelques kilomètres du centre. A l’heure dite, certains cars de manifestants ne sont toujours pas arrivés, ils ont été contrôlés à leurs départs sur ordre du procureur. Certains arriveront, d’autres non.

Lorsque le cortège se met en route, il regroupe environ trois mille participants unis sous un même mot d’ordre,   « pour une Europe des droits de l’homme ».
Le message est clair, ceux qui ont fait le déplacement sont là pour affirmer leur refus des politiques actuelles d’immigration et s’indigner du choix de cette ville comme lieu de débat de ces problématiques. Les parallèles avec une histoire pas si lointaine sont faciles et alimentent largement les conversations, soulignant que l’époque n’est pas la même , mais les méthodes similaires !
Pour mettre en exergue ce discours, dans l’après-midi, Xavier Renou du collectif « désobéissants » en tenue de déporté avec une étoile rouge « étranger » menait une action symbolique et médiatique en faisant face aux CRS qui finiront par l’embarquer.
Le lendemain, ce sont principalement des images de cette action qui illustreront cette journée, et les commentaires seront essentiellement relatifs aux débordements dûs à une centaine d’énervés qui trouveront en face d’eux des représentants des forces de l’ordre, non moins énervés qui n’hésiteront pas à jouer de leur lacrymo sur l’ensemble des manifestants.
Il sera titré : « Vichy, des manifestants dérapent », « immigration, une manifestation dégénère à Vichy »,      « sommet de l’immigration à Vichy, des manifestants interpellés », mais rien sur les réelles questions de fond… sur la remise en question par nombre grandissant de  la politique répressive et liberticide mené par Hortefeux, sur le combat qu’ils mènent pour affirmer que tout cela ne se fera pas dans l’indifférence générale, ni sur le fait que la contestation est nécessaire et salvatrice lorsque les droits de l’homme sont foulés aux pieds comme ils le sont trop souvent aujourd’hui.

Bertrand Gaudillère



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